- Erratum : Sur le phloroglucinol dans le monde
J’écris au début de mon livre à propos du phloroglucinol : « Le médicament, développé en France, ne semble être commercialisé que dans une poignée d’autres pays (Maroc, Algérie, Corée du Sud, Mexique, Italie, Luxembourg, Égypte, Belgique et Tunisie). »
Je me suis récemment rendu compte que j’avais utilisé une ressource en ligne (que je reprenais de Blanchard et al. 2018) pour déterminer où le phloroglucinol était commercialisé et autorisé au-delà de la France qui était incomplète et même incorrecte [le Luxembourg n’est en fait pas concerné – le Spasmex semble faire référence à deux médicaments différents et celui autorisé au Luxembourg n’est pas à base de phloroglucinol contrairement à celui commercialisé en Italie ; erreur aussi pour la Belgique, où il est tout de même possible de se faire prescrire du phloroglucinol, ce qui m’a induite en erreur…].
Merci à la personne qui m’a signalé l’erreur au sujet de la Belgique ce qui m’a fait vérifier le reste et me rendre compte que la ressource n’était pas fiable, notamment car elle omet plusieurs pays. Avec le recul cela me semble évident qu’elle ne pouvait pas être fiable. En réalité, la seule façon de savoir avec certitude où la molécule est autorisée est de vérifier les documents de chaque pays, lorsqu’ils sont accessibles en ligne, et eux-mêmes fiables. En plus, cela peut changer d’année en année, avec retraits ou mises sur le marché. J’aurais dû être beaucoup plus prudente et écrire quelque chose comme « actuellement le phloroglucinol ne semble pas être autorisé dans tous les pays du monde » et citer des exemples où il ne l’est pas, par exemple aux États-Unis, Grande-Bretagne, Canada, en Allemagne, Autriche…
L’Agence européenne des Médicaments possède sur son site une liste de chaque portail des pays en Union européenne pour vérifier dans leur banque de données. Ce n’est pas toujours évident avec la barrière de la langue et certaines banques de données ne permettent pas la recherche par molécule et juste par le nom de marque du médicament. Certains sites permettent de faire une recherche avec le code ATX de la substance active, dans le cas du phloroglucinol il s’agit du A03AX12. Certains liens sont cassés.
La ressource fautive que j’avais initialement utilisée m’avait néanmoins permis de me rendre compte que les pays anciennement colonisés par la France étaient surreprésentés parmi les pays commercialisant le phloroglucinol. J’ai vérifié les sites internet des institutions médicales des pays en Afrique qui ont anciennement été colonisés par la France et le phloroglucinol est bien présent et autorisé sur le marché de beaucoup de ces pays.
La plateforme d’information des acteurs du médicament en Afrique « LEEM Afrique » permet d’accéder assez facilement à ces informations.
Il y a donc trois choses à retenir : 1/ le phloroglucinol est commercialisé dans plus de pays que je ne le laisse penser en introduction de mon livre. Néanmoins, sauf à vérifier chaque pays, difficile voire impossible de dresser une liste exhaustive. 2/ Il faudrait probablement des recherches pour chaque pays pour savoir dans quelles indications le phloroglucinol est utilisé et s’il est aussi populaire qu’en France. 3/ Le colonialisme a diffusé de « l’ignorance médicale », avec les pertes de chance pour la santé des populations et gaspillage financier qui vont avec. Les pays anciennement colonisés par la France semblent en effet surreprésentées dans les pays qui autorisent le médicament.
Sur une note plus personnelle : je m’en veux énormément ne pas avoir vérifié tout cela bien avant, même si je souhaitais me concentrer sur le cas de la France, car c’est là où le médicament est né, toutes ces informations sont importantes. Je vérifie toujours tout plusieurs fois et là je ne sais pas ce qu’il s’est passé… J’espère que les ressources proposées ci-dessus seront utiles et permettent de redresser un minimum le tort.
- Rapports publiés par l’ANSM (sur la base de données Efemeris) et article récent de la revue Prescrire à propos des risques d’effets secondaires sur les enfants à naître lors de la prise de phloroglucinol pendant la grossesse.
En septembre dernier, la revue Prescrire a publié « Phloroglucinol pendant la grossesse : des risques mal cernés » (Septembre, 2023, Tome 43, N°479, p. 671) qui commente des rapports de l’ANSM sur la base de données Efemeris à ce sujet. Voici la conclusion de leur article :
« Étant donné l’absence d’efficacité démontrée du phloroglucinol au-delà de celle d’un placebo, y compris dans les contractions utérines au cours de la grossesse et la probabilité que le risque de malformation majeure soit légèrement augmenté sous l’effet du phloroglucinol, il est prudent de ne pas exposer les enfants à naitre aux risques mal cernés de ce médicament. »
Voici le lien pour consulter les rapports de l’ANSM à ce sujet : compte-rendu de la séance du 6 octobre 2020 mis en ligne le 30 septembre 2021 et compte-rendu de la séance 8 décembre 2020, mis en ligne le 30 septembre 2021.